{"id":534,"date":"2023-02-11T19:29:08","date_gmt":"2023-02-11T18:29:08","guid":{"rendered":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/?p=534"},"modified":"2024-05-12T20:03:51","modified_gmt":"2024-05-12T18:03:51","slug":"samer-2-amusons-nous-avec-un-texte-de-1247-contemporain-de-saint-louis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/?p=534","title":{"rendered":"Samer 2 : amusons nous avec un texte de 1247 (contemporain de Saint Louis)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Dans un pr\u00e9c\u00e9dent article  intitul\u00e9 : <em>le toponyme Samer : quelques \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;explications historiques<\/em> je vous pr\u00e9sentais l&rsquo;origine  m\u00e9di\u00e9vale de ce lieu-dit qui figure encore sur le cadastre.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vous propose, vous qui aimez le \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb, de plonger dans la lecture d&rsquo;un texte qui a presque 800 ans. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un bail sign\u00e9 par Mikius Heugos d&rsquo;Ysier (Izel-l\u00e8s-Equerchin) et l&rsquo;abbaye d&rsquo;Anchin propri\u00e9taire de la cense Saumer(Samer) sur le territoire de la commune de M\u00e9ricourt. Ce bail de six ans sign\u00e9 en septembre 1247  d\u00e9bute le 24 juin 1248<em> (l&rsquo;ann\u00e9e ou se met en place la septi\u00e8me croisade organis\u00e9e par Louis IX connu sous le nom de Saint-Louis).<\/em><\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Rappel : \u00e0 la date de la signature du bail, il existait ou avait exist\u00e9, sur le territoire de M\u00e9ricourt , depuis  un si\u00e8cle,    une seconde \u00e9glise (appartenant \u00e0 l\u2019abbaye d\u2019Anchin) : l\u2019\u00e9glise et la \u00ab court \u00bb Saint-Wulmer dont la toponymie actuelle a gard\u00e9 le souvenir, sous la forme \u00ab Samer \u00bb et que  l\u2019acquisition ou la constitution du domaine s\u2019est op\u00e9r\u00e9e entre 1123 et 1148. Cette \u00e9glise \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 moins de 1 km de l'\u00e9glise Saint-Martin attest\u00e9e dans les textes depuis au moins 1115.<\/pre>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L&rsquo;origine du texte : une d\u00e9couverte du m\u00e9di\u00e9viste Bernard Delmaire .<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La source : Delmaire Bernard. Un recueil in\u00e9dit de baux \u00e0 ferme de l&rsquo;abbaye d&rsquo;Anchin du milieu du XIIIe si\u00e8cle dans <em>Revue du Nord,<\/em> tome 72, n\u00b0287, Juillet-septembre 1990. Hommage \u00e0 Guy Fourquin. pp. 443-469. <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/rnord_0035-2624_1990_num_72_287_4559\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/rnord_0035-2624_1990_num_72_287_4559<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/CARTE_FRANCE_13e-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/CARTE_FRANCE_13e-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-586\" width=\"406\" height=\"702\" srcset=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/CARTE_FRANCE_13e-1.png 514w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/CARTE_FRANCE_13e-1-174x300.png 174w\" sizes=\"auto, (max-width: 406px) 100vw, 406px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pr\u00e9sentation par l&rsquo;auteur : <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;histoire du fermage dans la France du Nord est encore mal connue. Cet article pr\u00e9sente un cahier dans lequel furent copi\u00e9s 22 contrats de cens\u00e9 (ferme), en fran\u00e7ais, de \u00abcours\u00bb ou<br>exploitations agricoles de l&rsquo;abbaye d&rsquo;Anchin, actes \u00e9tablis entre 1247 et 1252 (Arch. D\u00e9p. Nord, 1 H 475). On y trouvera l&rsquo;analyse d\u00e9taill\u00e9e de tous ces actes et l&rsquo;\u00e9dition de six d&rsquo;entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Je voudrais verser au dossier un document pr\u00e9coce et int\u00e9ressant, encore jamais \u00e9tudi\u00e9. <\/strong>C&rsquo;est un cahier de huit folios de parchemin conserv\u00e9 dans le riche fonds de l&rsquo;abbaye d\u2019Anchin aux Archives D\u00e9partementales du Nord sous la cote 1 H 475. Les feuillets de ce quaternion mesurent entre 25,6 et 27 cm de haut sur 18 \u00e0 18,7 cm de large. Ils ont \u00e9t\u00e9 lign\u00e9s \u00e0 la mine de plomb (avec deux traits verticaux pour les marges) pour un texte tr\u00e8s serr\u00e9 : une cinquantaine de lignes par page. L&rsquo;\u00e9criture est tr\u00e8s cursive : une premi\u00e8re main a copi\u00e9 les nos 1 \u00e0 19, une autre a ajout\u00e9 les nos 21 et 22. Ce dernier acte est interrompu au bas du f\u00b0 8 v\u00b0, ce qui veut dire qu&rsquo;il manque au moins un bifolio contenant le d\u00e9but (et peut-\u00eatre un titre) et la fin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces actes, sauf le n\u00b0 10 qui \u00e9tait peut-\u00eatre une charte scell\u00e9e \u00e9manant de l&rsquo;abb\u00e9 d&rsquo;Anchin, se pr\u00e9sentent sous forme de <strong>chirographe<\/strong>s (plus connus dans d&rsquo;autres r\u00e9gions sous le nom de chartes parties) : chaque acte \u00e9tait \u00e9crit sur une feuille en autant d&rsquo;exemplaires qu&rsquo;il \u00e9tait n\u00e9cessaire, s\u00e9par\u00e9s par le mot chirographe, et l&rsquo;on d\u00e9tachait ensuite ces parties en coupant le mot dans toute sa longueur. Il n&rsquo;y avait plus \u00e0 sceller les actes. L&rsquo;\u00e9chevinage qui avait \u00e9tabli le chirographe conservait un exemplaire, appel\u00e9 ici \u00abcontre \u00e9crit\u00bb avec le nom de l&rsquo;\u00e9chevin qui le conservait dans son sac ;<br>Ce gendre de recueil de baux \u00e0 terme est rare au Moyen Age, alors que les registres de baux sont nombreux \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/FOTO_chirographe_12es-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/FOTO_chirographe_12es-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-566\" width=\"440\" height=\"545\" srcset=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/FOTO_chirographe_12es-1.jpg 800w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/FOTO_chirographe_12es-1-242x300.jpg 242w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/FOTO_chirographe_12es-1-768x953.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 440px) 100vw, 440px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Chirographe de Matthieu III, comte de Beaumont-sur-Oise, et de l\u2019abb\u00e9 de Saint-Martin de Pontoise par lequel ils attestent avoir \u00e9chang\u00e9 des terres (1177). La partie sup\u00e9rieure est conserv\u00e9e aux Archives nationales et la partie inf\u00e9rieure aux Archives d\u00e9partementales du Val-d&rsquo;Oise.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette source est d&rsquo;abord importante pour l&rsquo;histoire du temporel de l&rsquo;abbaye d&rsquo;Anchin qui est enti\u00e8rement \u00e0 \u00e9crire <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">( NDLR : <em>ce qui est fait depuis d\u00e9cembre 1993 avec la th\u00e8se de doctorat en Histoire de  Jean-Pierre Gerzaguet, L\u2019abbaye d\u2019Anchin de sa fondation (1079) au XIVe si\u00e8cle. Essor, vie et rayonnement d\u2019une grande communaut\u00e9 b\u00e9n\u00e9dictine)<\/em><\/mark><em>. <\/em>Cette fortune fonci\u00e8re, tr\u00e8s vaste et tr\u00e8s importante, \u00e9tait regroup\u00e9e en une soixantaine de \u00abcours\u00bb, de gros centres d&rsquo;exploitation agricole. Elles \u00e9taient g\u00e9r\u00e9es par un ou deux moines ou bien un ou deux convers. Les preuves abondent de ce syst\u00e8me original qui aboutissait \u00e0 ce r\u00e9sultat, surprenant pour des moines faisant voeu de stabilit\u00e9, qu&rsquo;une partie de la communaut\u00e9 des abbayes de moines noirs \u00e9tait dispers\u00e9e dans de multiples \u00abcours\u00bb, avec de fr\u00e9quentes all\u00e9es et venues entre cours et abbaye.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>L&rsquo;autre int\u00e9r\u00eat de ces actes est de fournir aux historiens des campagnes un mat\u00e9riel riche et inexploit\u00e9<\/strong>. Faute de comptabilit\u00e9s, les baux sont encore, avec les terriers, le type de documents qui leur fournissent le plus de donn\u00e9es. L&rsquo;id\u00e9al e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pour les historiens, et aussi les linguistes, d&rsquo;\u00e9diter le tout, mais cela d\u00e9passerait les limites d&rsquo;un article. J&rsquo;ai donc choisi d&rsquo;en faire une analyse d\u00e9taill\u00e9e, pour en rendre l&rsquo;utilisation plus facile et plus rapide, quitte \u00e0 \u00e9diter quelques-uns des baux en pi\u00e8ces justificatives. Je ne pr\u00e9tends pas avoir \u00e9vit\u00e9 tous les pi\u00e8ges d&rsquo;une langue parfois difficile. De plus, le copiste a sans doute commis quelques b\u00e9vues ; j&rsquo;ai signal\u00e9 les points rest\u00e9s obscurs.<br><strong>Une pr\u00e9cision de vocabulaire : les actes du recueil emploient toujours le mot cens\u00e9 au f\u00e9minin pour d\u00e9signer la ferme, l&rsquo;affermage, et le fermier est appel\u00e9 le cerisier. Ce sont les mots qui l&rsquo;ont emport\u00e9 d\u00e8s le XIIIe si\u00e8cle dans le Nord de la France dans le domaine linguistique picard jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours.<br>Mais le mot cens\u00e9 n&rsquo;a pris le sens concret d&rsquo;exploitation agricole (tenue \u00e0 cens\u00e9) qu&rsquo;au XVe si\u00e8cle.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;analyse est facilit\u00e9e par le fait que les m\u00eames clauses se retrouvent souvent d&rsquo;un acte \u00e0 l&rsquo;autre, dans des termes semblables ou proches. Je les ai extraites des actes et affect\u00e9es d&rsquo;une lettre majuscule \u00e0 laquelle il suffira de renvoyer dans l&rsquo;analyse, en y ajoutant, s&rsquo;il le faut, les pr\u00e9cisions propres \u00e0 tel ou tel acte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le texte brut :<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Sacent tout cil ki cest escrit verront ke Mikius Heugos d'Ysier, po\u0131\u0131r le court de Saumer k\u2019il a prise a loial cense a l\u2019abb\u00e9 et au covent d\u2019Anchin et a tenir de le feste Saint Jehan Baptiste de le vant, le premiere ke nos atendons en -VI-ans, a creant\u00e9 par devant eskevins de Lens sour lui et sour tout le sien a l\u2019abb\u00e9 et au covent devant dit a tenir toute le covenence ki ci apr\u00e8s est escrite ; c\u2019est asavoir k\u2019il doit rendre et paier a l\u2019abb\u00e9 et au covent devant nom\u00e9 dedens Anchin cascun an a -III- termes en l\u2019an -C-livres et -VI-livres de parisis et -XIII-sous et-III-deniers de parisis, c\u2019est asavoir a le feste Saint Bietremiu l\u2019apostle(24 ao\u00fbt)-XXXV-livres et -II-sous-et-I-denier de parisis, et le jor del Bouhourdic(premier dimanche de car\u00eame)autretanta et le premier jor de mai autretant, et a tes termes cascun an duskes a -VI-ans ; et si est asavoir ke li abbes et li covens devant dit ne doivent respondre au censier devant dit fors de -III-coses tant seulement, c\u2019est asavoir de commun fu, de commune guerre et de commun tempest, et se ce avenoit, il doit avoir en restor le court en le fin de le cense, an pour an, et par autretel marchi\u00e9 ki est devis\u00e9s par deseure ; et si doit l\u2019abb\u00e9 d\u2019Anchin pourvir une fois en l\u2019an en boire et en magnier, si comme il afiert a se personne, et toute sa compagnie ; et s\u2019il avenoit ke li abbes alast au liu devant dit plus d\u2019une fois en l\u2019an, de tes biens k\u2019il aroit en le maison li devant dis censiers li doit aministrer, et si doit les mognes et les convers d\u2019Anchin quant il iront a le court devant dite, bien et honeraulement pourvir en boire et en maignier en tel mani\u00e8re ke cascuns moignes et cascuns convers aura -I-lot de buen vin au matin et-I-au vespre ; et doit le court et les maisons de la court retenir bien loiaument en closure et en coverture, fors d\u2019enviesir, en tel mani\u00e8re k\u2019il trueve maintenant, et s\u2019il avenoit k\u2019il i fausist gros mairiens pour refaire les maisons de le court, tel mairien ke li abbes et li covens li livesront en le piece de terre doit li devant dis censiers faire mettre en oevre a sen coust bien et loiaument. Les yretages et les possessions de le maison doit bien et loiaument retenir et garder et tout chou ke li maisons devant dite doit,doit li censiers devant dis cascun an paier a tous ciaux a cui on les doit. Tous les fruits des terres de le maison doit mener en le court devant dite ; et si ne peut vendre l\u2019estrain des fruits devant dis, fors l\u2019estrain tant seulement d\u2019avaine ; et si peut vendre ses veces, se il veut, tant seulement ; et si doit cascun an tout le fiens de le court faire mener sour les terres de le court ne en autre liu ne le peut mener. Toute le court sans dete et toutes les terres cultivees et loiaument semencies, si con il les trueve maintenant, doit rendre en le fin de le cense et dedens les -VI-ans ne doit desroier les terres devant dites ; et s\u2019il avenoit ke li abbes et li covens davant dit aquesiscent aucune chose u par aumosne u par don u par achat, il n\u2019apartenront mie au censier, mais a aus et a l\u2019eglise tans seulement. Toutes ces choses devant dites a li censiers devant dis creant\u00e9 a tenir bien et loiaument, et s\u2019il avenoit k\u2019il defausist de paiement et li eglise i eust damage, a quelconques justice ke ce fust, tous les cous et tous les damages ke li camberiers d\u2019Anchn, sans autre provance, diroit sour se simple parole ke li eglise i eust, li devant dis censiers seroit tenus del rendre avoec toute le dete devant dite. De ceste covenence sont plege et det\u00e9 sour eus et sour le leur : Lienars Visars, Foukeros d\u2019Ysier, Hellins de Biaumont, Hanos li Maires d\u2019Ysier, Symonsli Maires d\u2019Ysier, Cholars li Maires d\u2019Yser, Bauduins Rodre de Fraisnoi, Reniaumes de Fraisnoi, Asses li Boskois de Viteri et Thieris Chardons de Gaverieles et cascuns est tenus de rendre pour le tout. Ceste covenence fu faite devant eskevins de Lens : Cholart de Ronchi, Symon Tahon, Watier le Kaisne, en l\u2019an de l\u2019incarnation Nostre Segneur-M-et-CC-et-XLVII-el mois de sietembre. \nNicholes de Ronchi warde le contrepartie de cest escrit.\n\na.\tAu total 106 livres 13 sols 3 deniers <sup>1<\/sup>\n\n<\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce texte fait partie de :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pi\u00e8ce justificative n\u00b0 1 : <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A septembre 1247. Original perdu<br>B. Copie contemporaine, Arch .dep.duNord, 1H475, f\u00b0475,f\u00b06v\u00b0 ; sur ce document, voir B.Delmaire, \u00ab un recueil de baux \u00e0 ferme de l\u2019abbaye d\u2019Anchin au milieu du XIIIe si\u00e8cle \u00bb, Revue du Nord, t LXXII, 1990, p.443-469, dans lequel cet acte est analys\u00e9 en d\u00e9tail. Rubrique : de Saumer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9cryptage :<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La synth\u00e8se de l&rsquo;auteur :<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Saumer, localit\u00e9 disparue, com. de M\u00e9ricourt, d\u00e9p. Pas-de-Calais, arr. Arras, cant.Avion ; n\u00b0 14, f\u00b0 6 v\u00b0Mikius Heugos d'Izel -l\u00e8s-Equerchin a promis (cr\u00e9ante) \u00e0 l'abbaye d'Anchin devant les \u00e9chevins de Lens de respecter le contrat ci-apr\u00e8s sur la cour de Saumer qu'il a prise \u00e0 cens\u00e9 6 ans \u00e0 partir du 24 juin 1248 pour 106 1ivres 13 sols. 3 deniers parisis \u00e0 payer \u00e0 la Saint-Barth\u00e9l\u00e9my (24 ao\u00fbt), au Bouhourdich ( premier dimanche de Car\u00eame qui peut tomber entre le 8 f\u00e9vrier et le 14 mars), et au premier mai.\n\nI, B, C (1 lot matin et soir), G, H, N, F,\nil ne peut vendre la paille des r\u00e9coltes, sauf celle de l'avoine,\nil peut vendre des vesces, s'il veut,\nD, L, M, E, O, K,\npi\u00e8ges et d\u00e9biteurs : Lienars Visars, Foukeros d'Ysier, Hellins de Biaumont, Hanos li Maires d'Izel, Symons li Maires d'Izel, Cholars li Maires d'Izel, Bauduins Rodre de Fresnoy, Asses li Boskois de Vitry, Thieris Chardons de Gavrelle, \u00e9chevins de Lens : Cholart de Ronchi, Symon le Tahon, Watier de Kaisne,septembre 1247.\nNicholes de Ronchi garde la contrepartie de cet \u00e9crit<\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>D\u00e9veloppons les \u00e9l\u00e9ments r\u00e9pertori\u00e9s sous formes de lettres<\/strong> :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">I. L&rsquo;abbaye n&rsquo;est responsable envers le censier que de trois choses : incendie g\u00e9n\u00e9ral, guerre g\u00e9n\u00e9rale, temp\u00eate g\u00e9n\u00e9rale (commun fu, commune werre et comun tempiest). Si cela arrivait, elle rembourserait le censier de ses pertes an pour an c&rsquo;est-\u00e0-dire, je pense, pour l&rsquo;ann\u00e9e de la catastrophe, et non pour les trois ans. 15 fois (manquent les nos 8 et 20).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">B. Le censier de la ferme doit approvisionner l&rsquo;abb\u00e9 et sa suite comme il convient, trois fois l&rsquo;an (une seule fois dans les nos 4, 9, 14). Il est pr\u00e9cis\u00e9 parfois qu&rsquo;il s&rsquo;agit de fourrage et d&rsquo;avoine. On pr\u00e9voit qu&rsquo;il vienne davantage en profitant de m\u00eame des biens de la maison (nos 5, 6, 9, 12). 16 fois (manque le n\u00b0 8).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C. Le censier dcit approvisionner les moines et convers quand ils viennent \u00e0 la cour, en bon vin et en aliments {viandes), \u00e0 raison de 2 lots le matin (ou \u00e0 d\u00eener) et de 2 lots le soir (ou au souper) ; un lot seulement dans les actes nos 4. ,14,16,18,21._ Le n\u00b0 12 pr\u00e9cise heureusement : pour lui et sa maisnie !Le n\u00b0 12 pr\u00e9cise heureusement : pour lui et sa maisnie !16 fois (manque le n\u00b0 8). (1 lot le matin et le soir).<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">La distance \u00e0 pied d'Anchin \u00e0 M\u00e9ricourt est d'environ une trentaine de kilom\u00e8tres. Si les moines venaient en charrette ou \u00e0 cheval, ils pouvaient faire facilement l'aller-retour dans la journ\u00e9e. <\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">G. Le censier doit r\u00e9parer la cour et les maisons de la cour pour ce qui est de la cl\u00f4ture et de la couverture ; il est parfois pr\u00e9cis\u00e9 : comme il les trouve (nos 6, 11, 14) ou : sauf Xenviesure (v\u00e9tust\u00e9, vieillissement), nos 1, 2, 5, 12, 14, 15. 14 fois (manquent les nos 7, 8, 9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">H. Si le censier a besoin de bois d\u2019oeuvre (gros mairien) pour refaire les maisons, l&rsquo;abbaye doit le lui fournir sur place et le censier le met en oeuvre \u00e0 ses frais. 6 fois (nos 4, 6, 10, 12, 14, 17).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">N. Le censier doit r\u00e9parer et garder l&rsquo;immeuble (hiretage) et la possession (nos 2, 4, 6), ou r\u00e9parer la cour et ses maisons comme il les a trouv\u00e9es, sauf si les murs tombent de \u00abpourriture\u00bb (n\u00b0 7), ou \u00abrendre la cour comme il l&rsquo;a trouv\u00e9e, sauf enviesure\u00bb (nos 9, 17, 18, 21). 8 cas ; cette clause est parfois proche de G.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">F. Le censier doit payer les charges (droitures) qui p\u00e8sent sur la cour. Une fois, il est question de d\u00eemes \u00e0 payer (n\u00b0 8). 12 fois (manquent les nos 7, 8, 9, 12,15).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne peut vendre la paille des r\u00e9coltes, sauf celle de l&rsquo;avoine, il peut vendre des vesces, s&rsquo;il veut.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D. Le censier doit mener tout le fumier (fiens) de la cour sur les terres de la cour. 17 cas sur 17.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Cette clause est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante car elle nous renseigne sur l'importance du fumier provenant de la ferme (donc des animaux pr\u00e9sents) et qui servait comme engrais dans les champs. Le paysan pratiquait-il l'assolement avec jach\u00e8re? Il faut pr\u00e9ciser que la p\u00e9riode du haut Moyen Age (X<sup>\u00e8me<\/sup> -XIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cles) correspondant en Europe occidentale au grand d\u00e9frichement : les champs gagnent du terrain sur la for\u00eat. On assiste \u00e9galement \u00e0 une p\u00e9riode de croissance d\u00e9mographique.\n<\/pre>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L. Le censier doit rendre la maison libre de dettes (sans dete, d\u00e9livre), 11 fois (nos 1, 2, 4, 6, 7, 9, 10, 14, 16, 18, 21).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. A la fin de la cens\u00e9, le censier doit rendre les terres de la cour labour\u00e9es (ahanees) et ensemenc\u00e9es, telles qu&rsquo;il les a trouv\u00e9es en commen\u00e7ant. 16 fois (manque le n\u00b0 20).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">E. Le censier ne doit pas refroiscier les terres de la cour ; dans les nos 2 et 14, on emploie le mot desroier. Refroiscier, c&rsquo;est semer sur la jach\u00e8re. Il y a des exceptions, fort int\u00e9ressantes, dans quelques contrats. 16 fois (manque le n\u00b0 15).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">O. Le censier n&rsquo;a aucun droit sur ce qui peut \u00eatre donn\u00e9 ou vendu \u00e0 la cour. 9 fois (nos 4, 6, 10, 11, 14, 16, 17, 18, 21).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">K. Si l&rsquo;abbaye subit des pertes pour non-paiement du montant de la ferme, le censier doit les rembourser en plus de sa dette, si le messager de l&rsquo;abb\u00e9 le prouve, soit sur la parole du chambrier de l&rsquo;abbaye ou sur le dit de deux experts (nos 1, 11, 13). 16 fois (il manque le n\u00b0 20).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"449\" height=\"588\" src=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/PLAN_62680_NOTTE_samer_18e-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-576\" srcset=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/PLAN_62680_NOTTE_samer_18e-1.png 449w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/PLAN_62680_NOTTE_samer_18e-1-229x300.png 229w\" sizes=\"auto, (max-width: 449px) 100vw, 449px\" \/><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/IMAGE_62680_album-de-croy_v1610-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/IMAGE_62680_album-de-croy_v1610-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-608\" width=\"446\" height=\"479\" srcset=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/IMAGE_62680_album-de-croy_v1610-1.png 611w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/IMAGE_62680_album-de-croy_v1610-1-279x300.png 279w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Voil\u00e0 \u00e0 quoi devait ressembler Menriconrt vers 1610. Album de Cro\u00ff.<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/LEGENDE_62680_album-de-croy-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/LEGENDE_62680_album-de-croy-1.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-609\" width=\"521\" height=\"363\" srcset=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/LEGENDE_62680_album-de-croy-1.png 861w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/LEGENDE_62680_album-de-croy-1-300x209.png 300w, https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/wp-content\/uploads\/LEGENDE_62680_album-de-croy-1-768x536.png 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 521px) 100vw, 521px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion : amusez-vous \u00e0 retrouver les \u00e9l\u00e9ments d\u00e9crypt\u00e9s dans le texte brut.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En huit si\u00e8cles,<em> el parlache<\/em> de M\u00e9ricourt   a bien \u00e9volu\u00e9. Si on avait une machine a  remonter le temps, je ne pense pas que l&rsquo;on comprenne les habitants  qui vivaient dans notre commune au milieu du XIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Il faut attendre 1539 et l&rsquo;ordonnance de Villers- Cotter\u00eats pour que le fran\u00e7ais devienne la langue du droit et de l&rsquo;administration au d\u00e9triment du latin. Mais il faut attendre le  XIX<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle  et l&rsquo;\u00e9cole de la R\u00e9publique pour que le fran\u00e7ais s&rsquo;impose sur l&rsquo;ensemble du territoire. Mais comme on dit chez nous <em>\u00ab\u00a0el langue ed ch\u00e9 jins, ch\u00e9 kome el keue d&rsquo;ch\u00e9 tchin, in peu pon l&rsquo;inp\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;all\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><sup>1<\/sup><em> A l&rsquo;\u00e9poque le syst\u00e8me mon\u00e9taire \u00e9tait duod\u00e9cimal (divisible par 12) : ainsi  1 Livre=12Sols=240 Deniers(pour retenir LSD). Que repr\u00e9sentent les 106L 13S 3D du bail? Difficile de r\u00e9pondre. Je donne un \u00e9l\u00e9ment de comparaison : lorsque Saint-Louis et ses compagnons partis  en croisade sont fait prisonniers en Egypte en 1250, la ran\u00e7on pay\u00e9e pour les lib\u00e9rer \u00e9tait de 200 000 Livres soit l&rsquo;\u00e9quivalent de 2000 ans d&rsquo;annuit\u00e9s de location pour les quelques 2,5 hectares de terres de la ferme Saumer !<\/em>  Nous venons de rencontrer trois personnages qui pr\u00e9figurent ce qui va devenir la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres : la noblesse (Le roi Louis IX), le clerg\u00e9 (les moines d&rsquo;Anchin) et le Tiers-Etat (le paysan Mikius Heugos) ; une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s in\u00e9galitaire au XIII<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle. Mais c&rsquo;\u00e9tait il y un bail : aujourd&rsquo;hui&#8230; <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans un pr\u00e9c\u00e9dent article intitul\u00e9 : le toponyme Samer : quelques \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;explications historiques je vous pr\u00e9sentais l&rsquo;origine m\u00e9di\u00e9vale de ce lieu-dit qui figure encore sur le cadastre. Je vous propose, vous qui aimez le \u00ab\u00a0patois\u00a0\u00bb, de plonger dans la lecture d&rsquo;un texte qui a presque 800 ans. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un bail sign\u00e9 par Mikius &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/?p=534\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Samer 2 : amusons nous avec un texte de 1247 (contemporain de Saint Louis)&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6,16],"tags":[],"class_list":["post-534","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-mericourt","category-moyen-age"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/534","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=534"}],"version-history":[{"count":80,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/534\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":630,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/534\/revisions\/630"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=534"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=534"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lesamisdemericourt.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=534"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}