La Grande Guerre : la venue du Kronprinz à Méricourt-Corons

Arthur-Martial LECOMTE raconte la venue du Kronprinz, fils ainé et successeur désigné du Kaiser.

Le Kaiser devant Arras

(…) Depuis quelques jours, les soldats nettoient leur matériel, leurs équipements, leurs armes individuelles, collectives, les cantonnements, les abords etc. Ils semblent vraiment affairés et tous, des plus hauts gradés aux simples soldats, ils font efforts de propreté sur tous les points. On apprend que des officiers de haut rang doivent venir prochainement inspecter les troupes cantonnées dans Méricourt-Corons.

Soldats Allemands dans les Corons de Méricourt

On remarque aussi que les sentinelles sont plus rigides dans leurs services que les relèves se font en présence d’un gradé et avec plus de cérémonial militaire.

Des rassemblements d’unités se font sur la place de l’église, face à l’hôpital. Des exercices de défilé ont lieu et la musique militaire joue des marches scandées par la grosse caisse. Les unités défilent en faisant le pas de parade et cela nous amuse, mais maman nous gronde et nous fait rentrer à la maison.

Par ailleurs les soldats rouspètent quand ils rentrent en sueur avec tout leur matériel, sac au dos, armes etc. Nous savons maintenant par l’Alsacien que c’est un officier approchant le Kaiser qui doit venir avec son état-major, peut-être le Kronprinz lui-même. Et voici que les ordres arrivent. Les Allemands interdisent l’accès à la place de l’église de 10 à 13 heures.

L’Eglise Sainte-Barbe des Corons de Méricourt avant guerre

Il paraît que quiconque sera surpris en contravention avec ses ordres sera puni de prison. Ces mesures de protection laissent penser qu’il s’agit vraiment de l’arrivée d’un général allemand. Mes frères aînés décident de monter dans le grenier. Ils voient effectivement celui pour qui tous ces préparatifs ont été faits, entouré de nombreux officiers qui passent devant les troupes rassemblées. La musique joue, les troupes défilent au pas de parade devant cet officier qui est en réalité le Kronprinz. (…)

Une famille Méricourtoise sous l’occupation 1914-1918. Anges et démons sous l’occupation  In  revue Gauheria n°67 pages 61-80. Arthur Lecomte, Méricourt-Corons, 24 janvier 1982.

Il est précisé page 67 que le tapuscrit d’Arthur Lecomte a été transmis à Gauheria par son président Eugène Monchy.